Douleurs chroniques : comment le shiatsu peut vous aider ?
Mon intérêt pour la douleur chronique s’est construit au fil de mon parcours, à la croisée de mon expérience d’infirmière et de ma pratique du shiatsu.
Dans le soin infirmier comme dans l’accompagnement par le shiatsu, j’ai très tôt observé que lorsque le stress s’installe durablement, le corps reste en état d’alerte. Les tensions ne se relâchent pas complètement, le système nerveux peine à retrouver un état de repos, et la douleur peut alors s’installer ou persister dans le temps, parfois même en l’absence de cause lésionnelle active.
Avec les années, cette observation s’est confirmée : le stress chronique n’est pas seulement une conséquence de la douleur, il en est très souvent un facteur d’entretien majeur. C’est cette réalité de terrain, issue à la fois du soin clinique et de la pratique du shiatsu, qui m’a conduite à approfondir ma compréhension de la douleur chronique.
Non pas pour « traiter la douleur » en elle-même, mais pour affiner mon accompagnement des personnes chez qui le stress, souvent chronique, entretient les douleurs corporelles et limite les capacités naturelles de relâchement et d’adaptation du corps
C'est d'ailleurs ce qui m'a amenée, récemment, à participer à un congrès et séminaire dédié à l'accompagnement des douleurs chroniques par le shiatsu, dont je partage plus loin quelques repères et retours de pratique.
L'article en bref
- Le shiatsu peut être une approche complémentaire quand la douleur dure dans le temps et que le stress / l’état d’alerte du système nerveux entretient les tensions.
- En séance, j’utilise un toucher adapté et un cadre sécurisant (écoute, rythme, ajustements) pour aider le corps à retrouver un relâchement.
- Les effets recherchés sont souvent : relaxation plus profonde, diminution de la peur, meilleure tolérance de la douleur et retour de confiance dans le corps.
- Le shiatsu ne promet pas de “guérir” la douleur chronique : il soutient un processus et s’inscrit en complément d’un suivi médical si nécessaire.
Douleur chronique : quand l’errance médicale renforce le besoin d’une approche globale
Vivre avec des douleurs chroniques, c’est souvent traverser une expérience : d'incompréhension du corps, mais aussi du système de soins. Beaucoup de personnes douloureuses parlent d’errance médicale, de diagnostics flous, d’examens rassurants sur le papier mais d’une douleur bien réelle, persistante, épuisante.
Dans ce contexte, le shiatsu offre une approche complémentaire, globale et profondément humaine, qui prend en compte la personne dans toutes ses dimensions.
Douleur chronique : comprendre pourquoi la douleur persiste
Sur le plan neurophysiologique, la douleur résulte de stimuli transmis par les nerfs rachidiens vers la moelle épinière puis le cerveau, où ils sont modulés. Mais cette description ne suffit pas à expliquer l’intensité ni la chronicité de la douleur.
La douleur est une expérience subjective, influencée par :
- le stress,
- l’anxiété et la peur,
- l’état émotionnel et l’humeur,
- l’histoire de vie, la personnalité et le contexte social.
Ainsi, la douleur n’est jamais uniquement « locale ». Elle engage l’ensemble de l’être.
Douleur chronique et stress : le cercle douleur–anxiété–hypervigilance
La relation entre douleur et stress est circulaire :
- le stress favorise l’apparition de la douleur,
- il en intensifie la perception,
- la douleur elle-même génère du stress et de l’anxiété,
- à l’inverse, en état de relaxation, la douleur est souvent ressentie comme moins intense.
La peur et l’anxiété renforcent l’hypervigilance du système nerveux. À l’inverse, le sentiment de sécurité, l’espoir et la confiance permettent souvent une modification du vécu douloureux.
Lire aussi : Le stress en Energétique chinoise
Douleur chronique et dépression : un lien fréquent
Les liens entre douleur chronique et dépression sont étroits :
- environ une personne dépressive sur deux souffre de douleurs chroniques,
- environ une personne douloureuse chronique sur deux traverse ou développera un état dépressif.
Lorsque la personne se sent écoutée, reconnue et accompagnée, la douleur peut devenir plus tolérable, même si elle est toujours présente.
Envie de faire le point sur votre douleur ?
Prenez rendez-vous pour une première séance.
En shiatsu : deux types de douleurs (aiguë vs chronique)
Selon la Médecine Traditionnelle Chinoise et l’expérience du shiatsu, on distingue principalement deux types de douleurs :
Douleurs liées à une blessure ou à une surstimulation des tissus
- le plus souvent aiguës,
- rôle de signal,
- apparaissent rapidement après l’événement déclencheur.
Douleurs liées à une stagnation du Ki
- majoritairement chroniques,
- très fréquentes en cabinet,
- souvent associées à une souffrance émotionnelle,
- réactives au toucher.
C’est ce second type qui est au cœur de l’accompagnement par le shiatsu.
Douleur chronique et shiatsu : la notion de stagnation du Ki
Du point de vue du shiatsu, la douleur chronique traduit :
- une circulation entravée du Ki,
- une communication affaiblie entre le centre de perception de la douleur et le reste du corps,
- une perte de capacité d’adaptation et de relâchement.
Le shiatsu vise à redonner du mouvement à ce qui est figé, afin de soutenir les mécanismes naturels d’autorégulation.
Shiatsu et douleur chronique : comment une séance peut aider
L’effet du shiatsu repose sur quatre piliers essentiels :
- la rencontre dans un espace de résonance sécurisant,
- un contact profond, spécifique au shiatsu,
- le travail avec les zones de stagnation (jitsu) et de vide (kyo),
- le dialogue constant entre la personne et le praticien.
Les effets fréquemment observés sont :
- une relaxation profonde,
- un sentiment de sécurité et de confiance,
- une diminution de la peur,
- une réduction ou une meilleure tolérance de la douleur.
Ces effets, bien que parfois perceptibles dès la première séance, nécessitent un temps d’intégration, en particulier lorsque la douleur est présente depuis longtemps. Dans les douleurs chroniques, le shiatsu s’inscrit ainsi dans un accompagnement progressif, respectueux du rythme de la personne.
Pourquoi un accompagnement en plusieurs séances est nécessaire
Dans le cadre des douleurs chroniques, une séance de shiatsu isolée est rarement suffisante. Le corps, souvent installé depuis longtemps dans un état d’alerte, a besoin de temps et de répétition pour intégrer le travail proposé et retrouver progressivement des capacités de relâchement et d’adaptation.
Dans ma pratique, l’accompagnement s’organise généralement en une première phase de trois séances, espacées de quinze jours. Ce rythme permet d’amorcer le travail, de soutenir l’intégration dans le corps et d’observer l’évolution des ressentis sans brusquer les mécanismes d’autorégulation.
Une fois cette phase initiale engagée, un temps d’entretien, à raison d’une séance par mois, peut être proposé selon les besoins. Il ne s’agit pas d’un protocole figé, mais d’un cadre souple, ajusté au rythme de la personne, à son vécu et à l’évolution de la douleur.
Cette progressivité est essentielle dans l’accompagnement des douleurs chroniques : elle respecte le corps, son histoire, et les processus de régulation qui se remettent en mouvement.
Pour être accompagné(e) pas à pas, vous pouvez prendre rendez-vous.
Retour de stage : accompagner la douleur chronique en shiatsu
En tant que praticienne shiatsu à Lyon 3, cette approche s’ancre dans ma pratique quotidienne ainsi que dans l’expérience vécue sur lors du séminaire et du congrès..
L’ambiance générale était profondément humaine, engagée et respectueuse. J’y ai rencontré des praticiens venus de différentes régions de France. Les échanges ont été riches, nourrissants, sans compétition, centrés sur la pratique réelle, les difficultés rencontrées et les ajustements possibles dans l’accompagnement des personnes douloureuses.
Des intervenants experts : rigueur clinique et qualité du toucher
Les intervenants étaient d’une grande qualité, tant sur le plan des connaissances que de la posture. Deux médecins dont Wilfried Rappenecker référent shiatsu en Europe, a apporté une profondeur particulière à ce stage.
Son enseignement alliait rigueur clinique, finesse du toucher et une posture de présence très juste. Il ne s’agissait pas simplement d’apprendre des techniques, mais d’incarner une manière d’être praticien.
Une patiente dite “experte” était présente, au sens où elle incarnait concrètement la réalité du terrain et des problématiques abordées. Elle souffre de fibromyalgie.
À travers l’accompagnement par le shiatsu, elle a pu progressivement se réapproprier son schéma corporel, retrouver des repères internes et une perception plus juste de son corps. Ce travail ne repose pas uniquement sur le toucher, mais aussi sur la qualité de présence et d’écoute du praticien, qui fait pleinement partie du processus d’accompagnement.
Se sentir entendue, reconnue et comprise est un élément essentiel du chemin. Cette reconnaissance permet d’instaurer un climat de sécurité, dans lequel la personne peut s’engager activement dans son propre processus d’évolution.
Les deux jours ont été particulièrement denses, avec de la théorie et mise en pratique, permettant une intégration concrète et vivante.
Ce que ce congrès et séminaire ont confirmé dans ma pratique
Cela a résonné de manière très personnelle. Je me suis reconnue dans cette façon de travailler.
Non comme une découverte, mais comme la reconnaissance d’une posture déjà là. Une manière d’accompagner que je connaissais intuitivement, sans y mettre de mots, simplement en étant présente, à l’écoute, dans le respect du rythme de l’autre.
Cette expérience est venue confirmer, avec simplicité, que cette posture existe, qu’elle est partagée et transmise, et qu’elle correspond profondément à ce que je suis.
Conclusion : le shiatsu comme soutien face à la douleur chronique
Les douleurs chroniques demandent du temps, de la présence et une approche respectueuse de la globalité de la personne. Le shiatsu offre un espace où le corps peut à nouveau être écouté, soutenu et reconnu, sans être réduit à un symptôme.
Même si le corps a tendance à revenir à ses schémas de stress et de protection, il existe, au fil des séances, des moments de réminiscence : le corps se souvient. Séance après séance, cette mémoire corporelle s’active et permet d’ouvrir progressivement d’autres chemins, plus doux et plus ajustés.
Ce lien entre compréhension clinique, toucher conscient et qualité de présence humaine est aujourd’hui au cœur de ma pratique. En tant que praticienne shiatsu à Lyon 3, c'est dans cette cohérence que le shiatsu prend toute sa profondeur et tout son sens.